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Le New Deal Vert Mondial- Jeremy Rifkin (Les liens qui libèrent)

Le livre J.Rifkin, qu’on le trouve utopiste ou visionnaire, a le mérite de proposer des solutions

Il y a quelques années, J Rifkin est venu à l’ESTIA à Bidart montrer sa 3ème révolution industrielle dont les enjeux allaient voir le jour très vite du fait de l’aggravation des conditions climatiques et de l’accélération de l’innovation. Alors, quand fin 2019, j’ai vu son livre trôner en bonne place au milieu des ouvrages économiques et écologistes, souvent collapsologistes, je m’en suis saisi, convaincu qu’à défaut de partager toutes ses convictions, il ferait un travail fouillé et factuel sur les évènements depuis 2014 (date de sa conférence au Pays Basque), m’amènerait à me poser des questions et j’avoue que je n’ai pas été déçu du tout.

On y retrouve dedans des termes qui me sont très chers comme la « glocalisation » c’est-à-dire l’adaptation des produits et des services aux contraintes, à chaque lieux, à chaque culture…favorisant la proximité et la circularité, la décentralisation et la duplication du modèle partout…Jeremy Rifkin en fait notamment référence dans son livre quand il parle des nouveaux modes de production énergétique qui ne seront plus des grosses centrales, mais une multitude de petites centrales parfois même domestiques reliées globalement entre elles grâce à des nœuds. Ainsi au niveau local, on pourra produire et vendre son surplus ou à l’inverse solliciter via les nœuds l’énergie de ses voisins en surplus. Par la même une blockchain de l’énergie verra le jour, plus flexible face aux menaces de cyber attaque parce qu’immédiatement décentralisable, plus verte, plus solidaire.

On y retrouve également le principe de « destruction créatrice » théorisé par l’économiste autrichien Joseph Schumpeter qui dans notre Histoire économique s’est vérifié à maintes reprises déjà, se vérifie actuellement avec la disruption conséquente de l’hégémonie de l’internet… et qui se vérifiera encore avec la fin des énergies fossiles devenant des « actifs bloqués ».

Bien sûr, J Rifkin est américain, il a donc une vision fédérale exacerbée qu’il met comme facteur clé de réussite et quand on est européen comme moi, on est peut-être un peu moins convaincu de la capacité de notre vieux continent à agir en fédération.

De même lorsqu’il parle du financement de ce projet de décarbonisation déterminé, de mise en place d’ESCO (Energetic Services COmpany), d’infrastructures vertes, notamment grâce aux fonds de pension, le modèle semble difficilement applicable à court terme en France par exemple…

Bien sûr, il aime les chiffres et j’avoue que je les aime bien aussi mais ici, ils sont livrés au milieu de son argumentaire et cela frôle parfois l’indigestion, en tout cas pour ma part, j’ai parfois perdu le compte… néanmoins certains d’entres eux sont particulièrement parlants comme lorsqu’il indique que pour produire l’énergie nécessaire en 2018 à la planète il « suffirait » de prendre toutes l’énergie solaire arrivant sur terre pendant 88 minutes. En prenant 0,1% de toute l’énergie solaire sur terre en 1 an on couvrirait 6 fois les besoins de l’humanité en énergie…

Mais ne nous trompons pas, le travail de l’auteur est ici de nous proposer des solutions de nous faire réfléchir et bon nombre de ses arguments atteignent ce but:

Lorsqu’il parle du passage d’une ère de progrès où l’innovation engendrera la croissance et l’élévation de chacun à une économie de résilience où l’humain ne pourra plus utiliser les ressources sans fin mais s’adapter à ce que notre planète peut lui donner.

 Il rappelle par exemple que plus d’1,1 Milliards d’humains n’ont pas l’électricité ou alors occasionnellement et que bien plus encore ne l’ont pas de manière fiable et sécurisé, or lors de la précédente révolution c’est précisément la fée électricité qui amenant l’automatisation à permis de plus favoriser les activités intellectuelles aux activités physiques permettant d’inclure la femme sur le marché du travail faisant baisser le taux de natalité.

Faire écho à l’économiste français Malthus, au 21ème siècle n’est pas une démarche totalement négative quand on sait que la terre devra peut-être alimenter 4 milliards d’humains de plus d’ici à 2050.

Il est également plein de bon sens quand il nous rappelle que nous les occidentaux nous nous inquiétons du coût colossal du passage d’une énergie fossile (charbon, pétrole, gaz) ou à déchets dangereux (nucléaire) à une énergie propre mais pour les pays qui n’ont pas d’infrastructure, cela va être naturellement plus évident de passer directement à une énergie renouvelable et propre bénéficiant d’innovation et d’effet d’échelle agissant sur le prix. Il suffit pour s’en convaincre de faire le parallèle avec ce qui s’est passé dans la téléphonie mobile en Afrique où il existe peu de lignes fixes mais avec un taux de pénétration de la téléphonie mobile comparable à ceux des vieux pays occidentaux. Si on ajoute à cela qu’en Afrique on utilise massivement ces nouveaux moyens pour effectuer les transactions monétaires (car ils ont peu d’infrastructures bancaires), la réflexion de l’auteur prend tout son sens.

Intéressante également l’idée d’asymétrie d’information particulièrement existante dans la relation commerciale entre le producteur et le consommateur qui tend à se réduire sous l’effet de l’innovation et de la transparence induite par les nouvelles technologies. Les consommateurs deviendront des « consommacteurs » car désormais on sait mieux ce qui est bon et une vague commence à poindre : celle du consommer mieux plutôt que celle du consommer plus.

Il se veut également positif quant au financement de tout cela et indique que les marchés, souvent décriés par les antilibéraux, feront, pour une fois, office d’ange gardien de l’humanité car ils ne tolèreront pas d’investir massivement dans des industries devenues obsolètes avant l’heure. Réaliste, il tempère tout de même en disant que cela ne suffira pas et propose un plan en 24 points pour réaliser ce qu’il appelle son New Deal Vert.

Au final, Derrière ce livre au titre très Holywoodien, Jeremy Rifkin nous propose un donc New Deal Vert qui forcera l’humanité, pour ne pas provoquer sa propre extinction, à sacrifier et à repenser son mode de vie.

Pour lui, cette révolution vitale pour l’homme passera par une infrastructure adaptée à tous les niveaux et globale, une feuille de route qui n’est pas l’accumulation de jolis projets verts mais un plan cohérent et systémique qui prendra une génération (20 ans) pour voir le jour. Une approche intégrée, multigénérationnel. Une feuille à commencer dès maintenant.

Que l’on partage ou non ses solutions, ce livre à bien des égards nous amène à repenser ce que nous sommes et ce que nous faisons. Un livre très intéressant.

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