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L’après Covid… j’ai peur

A l’aube du déconfinement en France, je me sens mal à l’aise, j’essaie de mettre des mots sur cet après Covid, mais comme toutes les informations que l’on a sur la maladie, cela reste confus alors j’emploie le terme de peur. Je pense à toutes ces familles endeuillées, à toutes les personnes exposées quotidiennement, à mes proches en France et en Grande Bretagne qui l’ont eu (et qui heureusement sont tous encore vivants). Comme beaucoup d’entre nous, je suis resté dans mon cocon pendant plus de 50 jours, avec quelques autorisations de sorties, j’appréhende un peu ce retour alors j’exhorte cette appréhension au travers de ce billet.

De la peur de ce qui va changer dans notre monde…

D’abord,  nos rapports sociaux vont changer, tant que nous ne trouverons pas un traitement curatif, il y aura les gestes barrières nombreux qui vont avoir un impact sur notre vie sociale, sociétale, culturelle. Une grande partie de ces gestes perdureront au-delà.

Source: www.lejournaldesarts.fr

A mon tout petit niveau, je vois mon petit bouchon qui trépigne à l’idée de refaire un match de foot, de jouer à « attraper les biquettes » avec ses « potes », mon grand qui enchaine les zoom et rêve de pouvoir aller à un autre concert, de visiter des musées et nous, parents, de se mêler à nos amis dans notre bar préféré… tout cela ne sera pas possible tout de suite et finalement est ce que cela le sera avec la même insouciance après que cette maladie soit vaincue ?

Je me surprends à rêver de serrer dans mes bras un ami, de faire la bise à des collègues et à serrer la main à de parfaits inconnus. Moi qui ne suis pas très tactile, j’ai paradoxalement cette envie.

Avec cette maladie, la distanciation est indispensable et le masque semble devenir la Norme, du coup, je n’aime plus faire les courses. Je n’ai plus envie d’y aller. J’échange volontiers des heures de ménage contre des heures de « caddie masqué » avec mon épouse, prétextant qu’elle au moins, arrivera à mieux tenir le budget shopping (ce qui est vrai d’ailleurs).

source: le Journal de Saône et Loire. (www.lejsl.com)

 Porter un masque pour cacher une partie de ma trogne ne me pose pas de problème en soi, mais je me rends compte que l’on perd une grande partie de cette communication non verbale que l’on a via l’expression de son visage, les malentendants savent exactement de quoi je veux parler. C’est d’ailleurs pour cela que j’avais relayé l’idée de cette étudiante américaine, Ashley Lawrence, de masque transparent au niveau de la bouche[i].

Fini de flâner dans des centres commerciaux avec des enfants, de reposer finalement des trucs que l’on avait de toute façon pas besoin, de s’excuser parce que l’on a pas vue la dame derrière soit, trop occuper à regarder l’objet que nous convoitions, de forcer l’entrée d’un wagon pour ne pas prendre le métro/tramway/train suivant…C’est en quelque sorte notre liberté primaire, celle de nous mouvoir qui est mise à mal, et pour le bien de tous il faudra vivre avec. Pour moi, cette perte de liberté n’a rien à voir avec celle de donner des infos à une application Covid, puisque de toute façon les GAFAM et BATX[ii] savent déjà tout de nous.

Il y a bien d’autres choses qui vont changer notamment d’un point de vue économique: combien d’entre nous vont perdre leur activité ? leur emploi ?  Comment envisagez-vous la vie éventuelle de « reconfiné » ?

Il y a également les interrogations concernant nos enfants, est ce que ce genre de phénomène va devenir récurrent? et bien d’autres choses qui ne seront potentiellement perceptibles que lorsque nous vivrons cette vie d’après. Mais ce n’est pas tout, l’espérance d’un retour progressif à la vie d’avant me fait paradoxalement également peur.

… à la peur de ce qui ne va pas changer.

On dit souvent que les choses changent mais pas les gens, c’est selon moi en grande partie vrai. Les hommes (et les femmes) veulent intrinsèquement toujours plus, éternellement insatisfait,  l’humanité a inventé le commerce et un peu plus tard le capitalisme pour éviter de se faire la guerre. Dans les faits on tue toujours,  en exploitant les ressources ici, en infligeant des sanctions et des embargos là,…

Avant le Covid, on se disait que sans croissance, il n’y a pas d’emploi, qu’on ne peut faire face à ses dettes, qu’il est donc urgent de relancer la machine économique construite sur le principe d’un besoin de croissance infinie avec des ressources finies.

source: L’Opinion, www.lopinion.fr

Confinés, nous nous sommes bien rendu compte que certains fondamentaux comme la santé ou l’éducation avaient été sacrifiés sur l’autel de la croissance, on s’est même parfois juré que nous allions changer les choses dès le retour à la normal.

On réalise pour la première fois que c’est l’humanité qui est menacée et pas seulement les plus pauvres où les pays que l’on appelle pudiquement « en voie de développement ».

Mais, comme tous les signaux précédents véhiculés par ceux qui cherchent à inclure les autres et à préserver notre planète, j’ai peur que cela ne soit que des mots et pas des actes.

Comment en vouloir à l’hôtelier privé de clients depuis plus de 2 mois, au club de fitness qui ne peut pas accueillir du sportif occasionnel, au voyagiste qui propose du rêve à 10000km… de vouloir reprendre son activité ? Une entreprise dans laquelle, ils ont mis leur savoir-faire, leur savoir-être, leur temps, leur argent, au final c’est peut-être là, le plus grand défi de l’humanité.

Pour bon nombre de métiers de bureaux, le télétravail aura été une parenthèse éphémère, parce que bon nombre de responsables voudront reprendre la main (l’avaient ils avant?), quitte à faire venir leurs salariés dans un bureau aseptisé  pour faire des réunions en « visioconf » avec le bureau d’à côté et ainsi respecter la distanciation… on a fait une digitalisation express jadis impossible par nécessité mais à quelques exceptions près, on n’a rien prévu en terme d’organisation et de gestion de l’humain.

source: JM Ucciani

Ne vous méprenez pas, je ne suis ni un intégriste du télétravail (j’ai besoin de voir mes collègues et équipes régulièrement et le télétravail est loin d’être une sinécure) ni un anticapitaliste. Je n’ai pas non plus élevé Greta Thunberg comme modèle absolu pour mes enfants. Je pense juste qu’il va falloir, qu’ensemble, nous fassions plus qu’envisager le monde d’après, parce que nous ne pourrons pas continuer comme cela éternellement. Il faudra donc apprendre à consommer mieux et non plus, respecter l’autre au-delà des gestes barrières, bref se réinventer soi-même.

Au final, je n’ai pas vraiment peur du Covid lui même, mais de l’incertitude générée par notre Société, plus que jamais, Darwin avait raison:

Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements.

Charles Darwin

Il y aura vraisemblablement d’autres Covid et notre monde n’est plus en croissance, il est en résilience. Mais ça, c’est une autre histoire.


[i] https://www.paperblog.fr/9095277/elle-cree-un-masque-pour-les-sourds-et-les-malentendants/

[ii] Google/Apple/Facebook/ Amazon/ Microsoft = GAFAM ; Baidu/Alibaba/Tencent/Xaomi = BATX

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