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« Il était une voix » Marina AL Rubaee. Editions Mazarine.

Un jour, écoutant le podcast sur Europe 1 « Hondelatte raconte », je suis tombé sur l’histoire de Marina, dont les deux parents sont sourds et qui raconte sa vie d’entendante au milieu de ce monde sans bruit, son enfance. Bouleversé, j’ai tout de suite cherché à prendre contact avec Marina car son histoire c’est un peu l’histoire de tous les aidants quelque soit l’handicap. Il fallait donc que je lise, avec mes propres yeux ,son livre pour que j’y mette mes images, mes émotions, ma propre histoire.

Marina est donc une petite fille vivant en banlieue parisienne dont le papa travaille dur dans la couture et dont la maman au foyer, dédit sa vie à ses enfants. Elle est l’ainée de 3 enfants et en tant que telle, fille de parents sourds, elle va très vite devoir grandir pour aider ses parents à vivre en société. Au début, tout va bien dans ce monde sans bruit à la maison, elle n’a pas besoin d’utiliser ses cordes vocales car elle apprend naturellement à communiquer en langue des signes avec ses parents. Les choses se compliquent lorsqu’elle doit aller à l’école car elle voit bien que le monde extérieur est différent de son cocon familial, il est bruyant…Ce monde est effrayant pour la petite fille, pourquoi faut il parler ? pourquoi doit on communiquer différemment qu’avec ses parents ?

A force de volonté, et avec tout l’amour de sa maman, elle comprend qu’elle doit s’intégrer et elle réalise que sa mission est de faire le lien entre le monde extérieur et sa famille. Ses parents, très protecteurs, se rendent compte que la petite Marina veut et peut les aider à s’insérer dans cette société qui ne se soucie finalement pas des gens différents pis, qui a tendance à les exclure…Communiquer avec le patron de papa qui tarde à verser le salaire alors qu’elle a six ans, servir d’interprète pour ses parents auprès du médecin, auprès de l’administration, raconter le journal télévisé… Marina reste une enfant qui joue et qui s’amuse mais elle s’auto-responsabilise, elle devient par la force des chose une aidante-aimante et aimée.

Au fil des pages, Marina grandit, elle réalise avec les années qu’elle ne peut s’épanouir en tant que jeune femme et supporter seule ce rôle à la fois inné, important mais aussi lourd à porter. Son enfance en partie volée malgré tout l’amour des siens, lui a tout de même apporté des traits de personnalité comme tout un chacun. Une personnalité qui va décider de sa destiné, de ses actions.

Du coup, l’air de rien et simplement, Marina aborde le handicap, mais aussi le regard des autres, le poids de la Société et la vie des aidants.  Un livre qui mérite sans conteste d’être lu surtout par nous, les «  plus inclus qu’on ne le pense »…

L’histoire m’a touché plus profondément, un peu comme ce critique gastronomique dans « Ratatouille » qui en mangeant une soupe à la fin du dessin animé s’est rappelé le goût de celle de sa mamie.J’y ai revu mon enfance, avec ma maman malentendante et handicapée (hanche bloquée), la difficulté quand on est petit, de voir cette normalité de la société qui nous pèse, le regard des autres, la fierté d’aider sa maman à porter les courses dans l’escalier, de la soutenir pour qu’elle prenne appui comme une canne quand on marchait ensemble…La chaleur et la fierté de son regard posé sur moi, elle que le monde avait exclue et qui cherchait à s’y insérer…

Aujourd’hui elle n’est plus mais grâce à ce livre c’est un peu d’elle que j’ai revue…Merci Marina

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