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Digital : Comment rapprocher les personnes en creusant un nouveau fossé?

L’année 2020 s’achève et nous n’avons jamais autant utilisé le numérique par la force des choses. Pourtant, le digital n’est pas l’El Dorado absolu rêvé par ses pionniers, il laisse sur les bords de la route bon nombres de personnes et fragilise quelque part un peu plus l’équilibre de nos sociétés modernes déjà chancelantes. C’est le propos du livre d’Olivier Babeau.

Quand le numérique rend l’économie moderne féodale.

On a souvent parlé de l’ère numérique comme celle de la désintermédiation. En réalité c’est l’intermédiation ultime. La plus radicale.

Olivier Babeau (Le nouveau désordre numérique-p46)

L’auteur nous rappelle qu’aujourd’hui on ne conquiert pas vraiment de territoires mais l’accès aux données. L’information, un des piliers de la communauté humaine, qui établit les hiérarchies entre individus, est désormais aux mains d’organisations devenues hégémoniques. On est pour ou contre elles mais il n’y a plus de juste milieu.

Avec le numérique, les distances sont effacées, le marché devient sans limite de temps ou de distance. Les plus grosses entreprises atteignent des tailles gigantesques de plus en plus rapidement bouleversant les lois normales de l’économie. Olivier Babeau nous rappelle ainsi par exemple qu’il a fallu 50 ans au téléphone pour compter 50 millions d’utilisateurs mais 2 ans seulement à Twitter.

Aujourd’hui, les sociétés du numérique ont remplacé les industries pétrolières à la tête des capitalisation parce qu’elles ont su rapidement se rendre utiles en captant une grand nombres d’utilisateurs (effet réseau). Devenant incontournables, leur hégémonie ne laisse que des miettes à la concurrence.

Le digital n’a donc pas supprimé les intermédiaires mais en a créer de nouveaux, des plateformes qui contrôle désormais les entrées et sorties, savent ce que vous aimez, ce que vous consommez et anticipe pour y répondre à vos moindres besoins.

La nouvelle polarisation de nos sociétés accélérer par le numérique

Dans tous les pays développés, la classe moyenne se meurt

Olivier Babeau (Le nouveau désordre numérique- p78)

Dans un monde ou avoir c’est être, consommer c’est donc exister. Un monde qui tend donc à polariser ceux qui font partie d’une élite à qui tout réussi, considéré comme « utiles » parce qu’indispensables au fonctionnement d’entreprises globales, et les autres, condamnés à se surendetter pour tenter d’exister.

Ces deux mondes devenus imperméables ne se mélangent plus, il n’y a plus de lien jadis joué par la classe moyenne désormais en pleine déliquescence. On cherche donc à se rassembler qu’avec des gens qui nous ressemblent et le numérique y joue un véritable rôle de catalyseur.

Internet : un outil de démocratisation de l’accès pas de son usage

…Internet n’a pas élevé les gens au niveau du savoir mais au contraire abaissé le savoir à leur niveau…

Olivier Babeau (Le nouveau désordre numérique-p118)

Avec Internet, l’information est immédiatement disponible, mais la bonne information, elle, fait appel d’une part à notre intelligence, à notre capacité à être critique à douter à croiser les données, mais également à notre curiosité d’apprendre et à notre ouverture d’esprit.

Devant les multiples sollicitations offertes par le numérique, les tentations de se laisser aller à la facilité sont immenses et dans ce combat dans l’économie de l’attention (cf. Tristan Harris), la capacité de chacun à se faire une place dans une société de plus en plus complexe dépend de notre capacité à faire le tri, à utiliser au mieux notre temps d’attention.

Le numérique nous facilite tellement la vie dans notre quotidien que nos cerveaux sous-entrainés peuvent être victimes d’une espèce d’atrophie cognitive qui va bien au delà des méfaits du simple usage de la calculatrice sur le calcul mental.

Avec les algorithmes, nous sommes confortés dans nos idées, nos relations, nous ne pouvons voir que ce nous voulons voir… Ces algorithmes intéressés que par notre « temps de cerveau disponible » favorise l’émergence de silos.

L’information comme produit de consommation courante.

La conséquence de ce brouillage des hiérarchies du savoir est une inéluctable escalade vers les expressions extrêmes.

Olivier Babeau (Le nouveau désordre numérique-p 182)

L’information numérique est essentiellement véhiculée par des « hébergeurs de contenus » qui au sens juridique du terme ne sont pas des éditeurs. Par conséquent, à l’instar des opérateurs télécoms ils ne sont pas responsables des contenus qu’ils transmettent.

Dans ce cadre, toujours en quête de notre attention et déresponsabilisés, ils font appel à nos instincts les plus basiques c’est à dire la peur ou la haine (tiens cela me rappelle la parole de Yoda dans Star Wars).

On « simplifie » l’information en changeant les mots, mais changer les mots c’est changer les idées, simplifier c’est effacer les nuances. Dans ce règne de l’à peu près, la parole de l’ignorant vaut plus que la parole d’un sachant.

Ma conclusion sur ce livre

N’étant ni un expert ni un total débutant, ne sachant pas où je me situe sur la courbe de Dunning-Kruger sur le sujet (ce qui lierons ce livre sauront exactement de quoi je parle), je ne vous détaillerai ni la fin, ni l’intégralité de sa conclusion que j’ai personnellement trouvée brillante. Un livre qui foisonne d’idées, de références, d’exemples et plus que tout, vous amène à réfléchir sur le numérique, son utilisation et sur notre société. Un constat parfois sombre et inquiétant mais à lire et à picorer (pour prendre des notes) sans modération.

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